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Philo101 : La saga Uncharted : 1. Nathan Drake et l’obsession d’une vie

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Temps de lecture estimé : 6 minutes

Sorti fin 2007 alors que Tomb Raider avait du mal à se réinventer une fois encore, Uncharted parvient à moderniser le jeu d’action-aventure grâce à une fluidité de mouvement et un mélange d’exploration, de shoot à la troisième personne et de plateforme. Mais un des plus gros atouts du titre est sans conteste Nathan Drake, héros charismatique, cool et décontracté. Ce personnage a fait l’objet d’une attention toute particulière de la part de Naughty Dog, le studio derrière la série, et a acquis au fur et à mesure des épisodes une profondeur touchante, à la passion et au rêve démesuré.

Piqure de rappel

Prenant lieu en Amazonie, le premier Uncharted nous place dans la peau de Nathan Drake, un explorateur suivant la trace de son ancêtre Sir Francis Drake partit quelques siècles plus tôt à la poursuite de l’Eldorado. Accompagné de la journaliste Elena Fisher présente pour filmer ses découvertes et de Victor Sullivan, son ami de longue date, Nathan Drake affronte la jungle, les puzzles et, AK 47 à la main, une armée d’ennemis également à la poursuite d’Eldorado. Tout comme son aïeul, il comprendra que l’Eldorado est une statue maudite et qu’il vaut mieux qu’elle reste enfouie pour ne pas condamner l’humanité entière.

L’Eldorado se révèle être un sarcophage transformant les Hommes en monstres.

Par la suite, il découvrira Shambhala et l’arbre de vie tout en affrontant un tyran et ses tanks ou encore la cité perdue d’Iram en plein désert arabique dont le secret, encore une fois mortel pour l’humanité, sera à deux doigts de tomber aux mains d’une organisation britannique.

Et alors qu’il croyait mener une vie tranquille d’homme marié avec Elena Fisher, l’aventure toque encore une fois à sa porte en la présence de son frère supposé mort. Celui-ci lui propose de terminer leur quête entreprise une dizaine d’années plus tôt en partant à la recherche du trésor du pirate Avery.

Rendez-vous à Libertalia pour la dernière aventure de Nate, et un joli 4/4 : 4 aventures, 4 cités perdues découvertes.

Sic Parvis Magna

C’est justement dans ce quatrième opus qu’on découvre les origines de Nathan Drake. Orphelin d’une mère historienne et abandonné par son père, Nathan (à cette époque Morgan et non Drake) retrouve avec son frère Sam les carnets de sa défunte mère travaillant entre autres sur Avery et Sir Francis Drake. Par la force des choses, Nathan et Sam se retrouvent contraints de fuir et de changer de nom.

C’est cet enchainement de faits qui entraine le tout jeune Nathan à devenir Drake et le pousse à modeler sa vie sur son héros en devenant à son tour explorateur. Une obsession liée à sa mère disparue très tôt dans sa vie et à un moment où on se cherche en tant que personne. Cherchant un point d’appui dans un monde très dur, Nathan commence à nourrir son obsession pour Francis Drake en suivant sa trace et en se recréant et sublimant son propre passé. Il ne se voit plus comme le fils abandonné, mais comme le descendant d’une lignée prestigieuse. Il y voit également l’opportunité de finir le travail inachevé de sa mère, un rêve qui dévorera presque toute sa vie.

Et Nathan Drake naquit!

Ce rêve, il le réalise en grosse partie lors du premier volet, où il retrouve la trace de l’Eldorado en Amazonie et de son funeste secret, décidant à la fin de suivre les pas de son idole Francis Drake en faisant en sorte que personne ne retrouve jamais la trace de cet homme en or. Le rêve se poursuit dans les autres volets dans les mêmes circonstances, se mettant toujours en danger ainsi que ses amis proches. Cette fois cependant, Elena commence à comprendre que son rêve d’aventure se transforme en obsession mortelle et tente vainement de le raisonner, tandis que Sully se fait de plus en plus vieux et devient de plus en plus conscient du pétrin dans lequel Nathan arrive à se mettre à chaque fois.

Son rêve, entrainé par son insouciance, commence à lui brûler les ailes. Chose qu’il ne reconnait pas dans un premier temps, se retournant vers les autres en les accusant de ne pas comprendre son point de vue. Ce n’est qu’après avoir échappé de justesse à la destruction d’Iram à la fin du troisième opus qu’il prend conscience de sa folie et troque la bague de Sir Francis Drake pour son alliance l’unissant à Elena Fisher.

Sans être une copie conforme, Sam a beaucoup de point commun avec Nathan et servira de miroir aux actions de celui-ci.

Mais Nathan Drake n’a pas encore trouvé son équilibre et il lui manque quelque chose pour que le déclic se fasse complètement. Pour ça, il aura besoin d’un miroir à ses actions, ici incarné par son frère Sam dans le quatrième épisode. Celui-ci poussera Nathan à repartir à l’aventure, et c’est en voyant sa femme risquer sa vie et son frère montrer la même obsession bornée qu’il comprend les risques énormes qu’il peut faire courir aux autres. Nathan tentera de faire prendre conscience de l’extravagance de cette aventure à Sam, mais trop tard, l’obstination de son frère obligera ce dernier à continuer sa quête jusqu’au bout.

C’est à ce moment que le personnage atteint une profondeur supplémentaire : pendant plusieurs jeux, on incarnait Nathan Drake le chasseur de trésor, mais à partir de ce moment précis de l’aventure, il devient Nathan Drake, dont l’objectif est alors de conserver sa famille et de sauver la peau de son frère. Un rôle plus pragmatique, conscient du danger qu’Elena endosse petit à petit au fil des épisodes en incarnant la voix de la raison, demandant sans cesse pour quoi, Nate?. C’est cette compréhension des autres qui poussera Drake à abandonner sa vie extrême au profit d’une vie plus tranquille en compagnie de son épouse.

L’épilogue vient alors conclure la saga vieille de dix ans en nous plongeant dans la peau de la fille de Nathan et Elena. On y découvre l’armoire à secret de Nathan remplie de vieux souvenirs, et en particulier cette photo d’Elena, Sully et Nathan, shotgun à la main, posant sur le butin récupéré pendant leur virée en Amazonie. Comme tous ceux ayant vécu ces dix ans de Uncharted, on est pris de nostalgie à repenser aux aventures vécues en leur compagnie, mais une partie de ce sentiment est également dû à l’empathie qu’on peut ressentir pour Drake, ayant vécu une vie d’aventure pleine de richesses, de rencontres et d’émotions et ayant enfin trouvé un équilibre dans son existence.

 

Épilogue

Le Nathan Drake enfant n’est pas le même que celui qui entame le premier volet de la série et encore moins celui du début du quatrième opus, ni même celui qu’on voit dans l’épilogue. Naughty Dog a réussi à construire un personnage consistant sur la durée avec une évolution psychologique très intéressante nous permettant de tirer des leçons pour nous-mêmes.

Tout comme l’enfant qu’était Nathan Morgan, il nous appartient à un moment donné de notre vie de remettre en question ce que nous pensons être nous (dans ce cas, un orphelin) et à s’abandonner à incarner ce qu’on idéalise le plus pour développer les qualités associées. Cette façon de se réinventer et de se fantasmer soi-même nous permet de laisser derrière nous notre passé et la victime des “injustices” de la vie que nous pensions être et de choisir ce que l’on veut devenir, tout en se créer une image de nous-mêmes forte et idéalisée vers laquelle tendre pour un jour finir par l’incarner véritablement.

Avec ceci s’accompagne le rêve qui, si on ose le suivre, va nous aider à fantasmer notre vie et la remplir de rencontre, d’aventures et de souvenirs. Ce rêve, et notre volonté de l’accomplir, est ce qui nous rend libres, vivants et uniques. Mais tout comme Nathan Drake, il faut également garder à l’esprit que la passion est un feu ardent qui risque de nous brûler si on n’y prend pas garde.

 

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